Sa critique : Sorti à la sauvette - je m’étonnerai toujours qu’on parle aussi peu chez nous du cinéma qui vient de Flandre, sauf à y être contraint et forcé - “Cafard” relate l’histoire méconnue mais véridique d’un bataillon blindé belge partie combattre aux côté des Russes durant la première guerre mondiale et qui, pris dans la tourmente de la Révolution d’octobre et de la chute du régime tsariste, rentrera finalement au pays via la Sibérie et les Etats-unis. Cette odyssée initiatique, vue à travers les yeux d’un homme qui s’est engagé par esprit de revanche, a pour ambition de dénoncer la folie des hommes et l’absurdité de la guerre, sur un ton qui n’est pas sans évoquer Corto Maltèse, c’est à dire qu’il s’agit d’une synthèse convaincante d’aventures historiques et d’une forme d’exotisme mystique. Si le résultat est relativement original et intéressant dans ses développements, c’est surtout par sa forme que “Cafard” marquera les esprits. La motion-capture, qui repose sur la transposition des mouvements de véritables acteurs au cours du “tournage” confère un réalisme total à ce récit qui s’adresse clairement aux adultes, la brutalité et la crudité de certaines séquences étant tout à fait explicites sur l’orientation envisagée par Jan Bultheel. En revanche, la manière dont les images ont été ensuite retravaillées par ordinateur, pose davantage problème : le rendu est épuré, les jeux d’ombre et de lumière ont été éliminés, les arrière-plans débarrassés de toute surcharge et les personnages dépouillés de leur détourage, un peu à la manière du Gouraud-shading primitif qui caractérisait certains jeux vidéo de la fin des années 90. La radicalité d’un tel parti-pris visuel constitue à la fois une force et une faiblesse : le résultat est marquant, probablement unique dans le monde de l’animation...mais si le réalisateur compte bien qu’on puisse le relier à certains courants picturaux de l’époque, l’ensemble laisse inévitablement une impression de “Film pas fini” et peut déplaire, pour peu qu’on n’en perçoive la pertinence que comme un choix artistique personnel sans motivation particulière.
0
0


